« 14 novembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 118-119], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9607, page consultée le 24 janvier 2026.
14 novembre [1835], samedi matin, 10 h. 20 m.
Bonjour, mon petit chéri. Je t’aime de toute mon âme. Tu es mon cher petit homme bien
aimé. Il fait un fameux froid, je suis obligée de ne sortir qu’une main à la fois
de
mon lit. Je pense à tes chères petites entrailles et je les plains, car voilà un temps
qui ne les arrange pas. Pauvre cher petit, aiesa bien soin de te tenir chaudement, de ne pas trop travailler et
d’avoir bien soin de toi. Je t’aimerai tant si tu prends soin de mon cher petit corps
adoré que vraiment tu feras une bonne spéculation en te conservant un peu. Tu sais
bien d’ailleurs que je veux qu’on dise : demain et non pas
aujourd’hui seulement.
La bonne est revenueb de chez la couturière. Elle m’a rapporté ma robe qui sera très
jolie si elle va bien. Autre sujet de giffes
pour m—, c’est-à-dire pour toi.
Mon cher petit chéri, je serai bien contente si
vous venez de bonne heure, si vous vous portez bien et si votre cher petit Toto va
mieux. Je vous baiserai bien pour la peine et je ne grelotterai pas comme je le fais
en vous écrivant. Pour trouver de la chaleur dans ma chambre, il faut que je descende
dans mon cœur.
J.
a « ayes ».
b « est revenu ».
« 14 novembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 120-121], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9607, page consultée le 24 janvier 2026.
14 novembre [1835], samedi soir, 8 h. ¼
Je n’ai pas mangé, j’ai bouffé. Aussi je sens bonne à
présent. J’ai l’air d’un maçon provençal. Si vous me faites le tour de ne pas vous
être enduit au dedans et au dehors d’une gousse d’ail, je vous mépriserai le reste
de
vos jours.
Ce n’est pas pour dire, mais je m’empeste moi-même. Si je vais sentir comme çaa ici, ça va-t-être gentil. Ce serait bien infâme à vous de
m’avoir promis de manger des AULX et de n’en rien faire. J’espère pour votre honneur
que vous aurez tenu votre promesse.
Mon cher petit, cher petit bien-aimé, tu ne
sais pas combien je t’aime. Si tu le savais, tu serais trop heureux. Tu ne voudrais
plus me quitter jamais. Nous serions trop heureux alors.
J’ai le pressentiment
que tu ne viendras pas de bonne heure et cette idée-là me coupe ma satisfaction à
la
racine. Je n’ai plus le courage de bêtifier.
Je parle sérieusement.
Tâche
de venir le plus tôt possible et pense que je t’aime comme jamais homme n’a été
aimé.
Je vous baise mes deux Toto.
J.
a « ças ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
